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24 avril 2007

Non à la rhétorique de la peur

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Je l’ai écrit ici à plusieurs reprises, je déteste l’utilisation à outrance des thèmes identitaires et sécuritaires par Nicolas Sarkozy. La droitisation de son discours a certes permis de briser le FN mais, même en politique, j’ai encore la naïveté de penser que la fin ne justifie pas toujours les moyens.

Ceci étant dit, la campagne de diabolisation de Sarkozy est dangereuse et porteuse de graves dérives. La rhétorique de la peur n’est pas une arme démocratique. Je ne choisirai peut-être pas entre Sarkozy et Royal, mais jamais je ne dirai, comme je l’entends de plus en plus souvent que c’est un choix entre la peste et le choléra. Nous avons la chance de vivre dans une démocratie ou 85% des électeurs se déplacent pour voter, ou le choix du second tour opposera deux candidats républicains, il faut s’en souvenir. Nous ne sommes pas au Nigeria. N'en déplaise à Philippe Torreton qui nous confie : "avec Sarkozy, j’ai peur pour la démocratie".

Sur le plateau de TF1, Bernard Kouchner trouve que « le score de Nicolas Sarkozy est un beau score. Mais il reste 70%. » PPDA oriente alors le débat sur la personnalité de Nicolas Sarkozy. « Il fait peur », dit Kouchner. Et Ségolène poursuit dans ses meetings : il veut "prendre le pouvoir", il porte "le masque de la peur". Pas une émission de radio, pas un plateau télé depuis dimanche où la question « Sarkozy fait-il peur » ne revienne pas comme un écho. Tout le monde s’y met.

Sarkozy fait peur aussi bien aux célèbres qu’aux anonymes, du soutien de Séogolène Royal Thomas Piketty à la douce petite voix d’une bloggeuse inconnue, en passant par l'auteur Tristan Valmour sur Agoravox qui s’alarme : « Plus qu’une adhésion au programme de Ségolène Royal, il faut refuser le monde de Nicolas Sarkozy qui achèvera les valeurs républicaines de la France. » Et Sarkozy fait peur aussi à Daniel Riot : « Le journaliste que je reste a peur. Le citoyen que je suis a peur. Le Républicain que je suis a peur. »

Vous me direz sans doute que tout ceci n’est pas si grave, que cela fait partie du débat électoral et que finalement, on a bien le droit d’avoir peur d’un homme politique. Certes. Mais quand ce leitmotiv est repris en chœur, le danger n’est pas loin. Le danger, c’est Le Pen qui pointe du doigt les origines immigrés et juives du candidat. Je voudrais vous citer ici le texte de Jacques Attali dans sa dernière rubrique du blog de l’Express parce qu’elle est me semble-t-il importante :

« Dans cette campagne, on aura entendu bien des bêtises, bien des propositions absurdes, bien des méchancetés. Une des pires choses qui fut dites, une des plus honteuses, une des plus méprisables même, fut d’entendre un candidat proclamer qu’un autre n’aura pas du se présenter parce que ses parents étaient d’origine étrangère. Que Jean-Marie Le Pen ait souhaité interdire à Nicolas Sarkozy d’être candidat parce qu’il est d’origine hongroise n’est pas le pire : on ne peut rien attendre de décent de cet homme. Mais le pire est ailleurs : aucun autre candidat, aucun, n’a eu l’idée de protester contre cette ignominie et de manifester une solidarité simplement démocratique à l’égard d’un autre candidat honteusement ostracisé. (…) »

Juste pour vous faire vraiment peur, voilà ce que l’on trouve en surfant un peu sur le site pierre-bleue.net :

SARKOSY

« Ce fils de légionnaire hongrois et de mère grecque israélite, égocentrique jusqu'au ridicule, haineux et impulsif, à l'évidence veut le pouvoir absolu... et il ne reculera devant rien pour l'obtenir. Provocations, mensonges, menaces, mises en scène médiatiques, ... si rien n'est fait pour le stopper, avec ses complices dans les médias, il ira crescendo dans le populisme au seul but de radicaliser l'opinion, semer la haine, la division, encourager les confrontations entre les communautés, pour au final imposer sa politique du pire, mixant ultra-libéralisme sauvage à l'américaine et régime communautariste ultra-sécuritaire, raciste, à l'israélienne. »

Où est la haine ?

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Commentaires

    BAYROU NE DONNERA AUCUNE CONSIGNE DE VOTE : LES INDECIS DEVRONT VOTER SELON LEUR PROPRE CONSCIENCE !!!

    Le message AFP est tombé en fin d'après-midi : Monsieur Bayrou ne donnera aucune consigne de vote mercredi en début d'après-midi, quand il annoncera la création de son nouveau parti. Non qu'il ne veuille pas influencer ses électeurs, mais il ne le peut pas : il est tiraillé par une droite qu'il ne veut plus, et une gauche très incertaine. L'indépendance voudrait qu'il puisse afficher clairement son soutien à Ségoléne Royal, mais les racines historiques du parti lui interdisent de se prononcer clairement en ce sens.

    En effet, beaucoup des députés UDF sont marqués très fortement à droite, certains ont même été élus grâce à des accords passés avec l'UMP aux dernières législatives : renier leur électorat serait pour eux un suicide politique aux élections qui suivront la présidentielle. Et pourtant...

    François Bayrou a réussi le challenge impossible de régénérer un parti en déclin depuis la défaite de Giscard en 81. Ce parti a été vampirisé par le système du RPR, puis de l'UMP, qui ne supporte aucune concurrence. Il a clairement su opposé son véto dans l'assemblée nationale à des projets de la majorité UMP qu'il ne voulait pas, il s'est délibérément opposé à la politique de Monsieur Sarkozy pendant la campagne du premier tour. Monsieur Bayrou s'est courageusement désigné comme le candidat le plus à même de battre le candidat de l'UMP dont il juge la politique « violente ».

    Mais voilà : les Français ont tranché : les 2 candidats sélectionnés pour le deuxième tour sont Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, et le choix qui s'offre aux Français est de voter dans l'un ou l'autre camp.

    Une troisième possibilité s'offre pourtant aux électeurs : le vote protestaire « blanc » ou l'abstention. Certains suggèrent même de déposer dans l'urne le bulletin de François Bayrou du 1er tour, ou encore un bulletin orange, de la couleur de l'espoir que porte le candidat de l'UDF. C'est à ces personne que je veux m'adresser.

    Personne ne nie la formidable ascension du candidat de l'UDF, mais il n'y a qu'une seule place de présidentiable disponible pour les cinq ans qui viennent, et les urnes ont commencé à éliminer impartialement des candidats.

    Je ne veux aucunement essayer de convaincre, mais simplement tenter de présenter la situation telle qu'elle est réellement :

    D'un côté nous avons Nicolas Sarkozy, qui a mené la politique que l'on connaît au ministère de l'intérieur : il a fait flamber les banlieues en menant une politique sécuritaire à outrance, provoqué des émeutes en insultant les minorité de « racailles qu'il fallait nettoyer au karcher », et il a ratissé large sur les thèmes favoris de l'extrême droite: l'immigration, la préférence nationale... Souvenez vous : l'armée pour devoir faire revenir l'ordre, les sans-papiers expulsés sans autre forme de procès...etc.

    D'un autre côté la candidate socialiste, Ségolène Royal, qui a proposé entre autres choses de rendre une France plus juste, de réconcilier toutes les minorités de notre pays avec la société. Ségolène Royal a proposé d'amener un large débat public avec tous les Français qui veulent chercher une autre voix que celle de la violence et de la répression. Cela a été sa méthode dans sa campagne : elle a organisé des débats citoyens ouverts à tous, puis elle a proposé un pacte présidentiel pour répondre aux attentes des Français. Cette méthode est aujourd'hui la même, non pas dans un seul but électoraliste, comme le fait le candidat de l'UMP, mais parce qu'elle veut être la Présidente de tous les Français : elle écoute, et elle propose.

    C'est cette main tendue que Ségolène Royal fait aujourd'hui aux électeurs déçus de ne pas voir François Bayrou au second tour : Monsieur Bayrou ne peut pas lui-même y répondre ouvertement pour les raisons que je viens d'évoquer, il appartient donc à ses électeurs de trancher eux-même entre les deux camps.
    Si la gauche était élue, L'UDF, ou tout autre parti centriste que créera François Bayrou sera entendu et respecté : le parti socialiste a une longue histoire de coopération avec des partis concurrents ( souvenez-vous : la gauche « plurielle »), et la victoire pour les législatives n'en sera que renforcé car l'UDF aura su retrouver une vrai assise au centre dans une majorité présidentielle « arc en ciel »

    A ceux qui ont déjà décidé qu'il voteront en faveur du candidat de l'UMP, c'est leur choix, et je le respecte.

    A ceux qui ne se sont pas encore décidés, qui voteront blanc ou qui s'abstiendront, je les mets en garde :

    Monsieur Sarkozy est clairement désigné en tête des sondages, il est probable qu'il accèdera donc au poste suprême si aucun sursaut du scrutin en faveur de Ségolène Royal ne se fait sentir. Les abstentionistes et les votes nuls auront donc une part de responsabilité dans ce choix.

    C'est au jugement de ces personnes que je fais appel : le vote de chacun sera décisif le 06 mai pour décider quel programme la France adoptera pendant ces 5 prochaines années. Les votes blancs, nuls et les abstentions seront comptabilisés comme autant de voix en faveur du candidat de l'UMP. Ne laissez pas les autres décider pour vous de votre avenir, de l'avenir de tous dans notre pays : jugez en votre âme et conscience quel candidat est plus à même de respecter votre parti, vos idées, et votez selon votre propre décision.

    Posté par nilvere, 25 avril 2007 à 11:08
  • Comment ne pas avoir peur d'un homme qui croit que tout vient des gènes...Qui veut ficher les enfants dès l'âge de trois ans, qui veut mettre les enfants de 10 ans en prison, qui ne croit qu'à la répression ? J'ai lu son programme, et il est effrayant pour tous ceux qui ne s'appellent pas "Charles-Edouard" et qui ont moins de 2000 euros pour vivre. Franchement, j'aimerais être rassurée et ne pas le croire dangereux, mais quand j'écoute sa façon de parler, faussement "gentille", je me dis que c'est un "faux-cul", je n'ai aucune confiance en lui. Il dit tout et son contraire, il a réponse à tout, et surtout il peut sortir d'énormes mensonges sans que les journalistes en face de lui ne protestent, n'essayent même pas de lui faire remarquer qu'il ment. Et quand on voit son bilan ? Oui, bien sûr qu'il est dangereux et le nier n'y change rien.

    Posté par G de B, 27 avril 2007 à 23:40
  • Ma vision, votre regard

    Bonjour je souhaiterais éclairer cette campagne de mes lumières...
    je vous invite à jeter un oeil à mon blog.
    http://rainbowarriorsight.blogspot.com/

    Je pense que sarkozy réalise une campagne pricipalement basée sur l' ignorance et la démagogie.

    Ségolène certes n' est pas parfaite, mais il me semble qu' elle tente d' associer plus le peuple au pouvoir, moins l' argent.

    Je pense que son principal handicap est les fameux "dinosaures", qui l' ont un peu en travers de la gorge de devoir rester en retrait.

    C' est justement là qu' elle a besoin de notre soutien pour porter son projet , dans son entièreté, à son terme.

    Les chemins les plus courts, ne sont pas toujours les meilleurs.

    Posté par rainbowsight, 02 mai 2007 à 14:26
  • Vers une latino américanisation de la France ?

    Les événements récents de la campagne présidentielle française nous montrent que la vie politique dans le pays de la « fraternité, la liberté et l’égalité » est en train de changer. D’abord parce qu’en 2002, M. Le Pen, président du Front National (F N), parti d’extrême droite, est passé au deuxième tour de la présidentielle, aux dépens du parti socialiste (PS) représenté par M. Jospin, avec un discours nationaliste et clairement xénophobe. Un discours marqué par le rejet de l’autre et clairement franco-français (« la France pour les Français » était son mot d’ordre), qui a trouvé écho dans l’esprit d’une partie des électeurs, au point qu’il est largement repris par l’UMP dans la campagne en cours. Mais le paysage politique français vit également un autre changement : pour la première fois depuis le vote des femmes (1944), dans le pays de mai 1968, qui a nourri et installé les discours féministes de tout une génération, une femme, Mme. Royal, a une chance réelle d’être élue présidente du pays .

    Durant cette campagne de 2007 le discours qui plaide pour la suspicion face aux immigrés et aux personnes non intégrées est plus que jamais un bastion important de la proposition de l’un des deux candidats du deuxième tour, M. Sarkozy (président de l’UMP). Son appel à créer un Ministère de l’immigration et de l’identité nationale choque tous ceux qui se sont battus pour consolider une république laïque, fondée sur des valeurs politiques et étrangère aux discours identitaires qui ont fait tant de mal à l’Europe du XXème siècle. Son discours démagogique qui n’est pas accompagné d’un engagement social est condamné à l’échec, car les Français seront vite mécontents. L’idée de voir la France démanteler son système de protection sociale chagrine tous ceux qui comme moi croient encore à la politique comme seule sortie face aux dérives du système économique financier qui a laissé ailleurs des Etats dépouillés et abandonné leurs populations à leur sort en affirmant que la pauvreté est le résultat d’un choix de vie malheureux fait par les individus et non le résultat d’un choix politique des gouvernements.

    L’Etat que propose la droite française d’aujourd’hui - toutes tendances confondues - est un modèle de société dans lequel l’Etat est minimaliste (ses efforts étant centrés presque exclusivement sur la « sécurité ») et son gouvernement déresponsabilisé. L’Amérique Latine (héritière de l’horizon sociopolitique et culturel occidental et souvent laboratoire des expériences politiques libérales) a déjà vécu cette libéralisation du marché avec sa promesse de croissance économique, cette ouverture et cette modernité tant vantées par la droite française, notamment l’UMP. Une décennie plus tard, pour l’Amérique Latine le paysage est décevant car les Etats ont été piégés par la logique vorace du Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale. Aujourd’hui les ressources primaires comme l’eau, le gaz et le pétrole sont entre les mains des multinationales. Elles été vendues au nom du progrès économique et social des populations.

    Ce n’est pas pour rien qu’aux espoirs latino-américains des années 90 ont succédé de véritables crises économiques et sociales animées d’en bas par des populations déçues. Même l’Argentine, présentée dans ces années-là comme un exemple de réussite et d’ouverture

    Posté par Angmon, 04 mai 2007 à 12:24
  • partie 2

    économique néolibérale, a vu en 2001 l’affaiblissement des droits sociaux, rendant aigue une situation d’exclusion, de pauvreté et de marginalisation économique et politique. Plus récemment encore, la « révolution bolivarienne » d’Hugo Chavez, ou l’ascension au pouvoir d’Evo Morales, sont l’expression du rejet brutal de la politique économique néolibérale.

    Les électeurs français n’ont pas encore compris que la France et son système démocratique républicain restent dans le monde le référent d’une autre façon de vivre dans le capitalisme mondialisé tout en gardant le respect pour les acquis sociaux défendus par le discours humaniste, en cohérence avec les droits de l’homme. Si le 6 mai les électeurs français choisissent le candidat de l’UMP avec le même taux de participation qu’au premier tour (85%), le message qui sera envoyé au monde ne sera plus seulement celui d’une société démocratique, mais aussi celui d’une société qui méprise la richesse de la diversité culturelle, qui a fait sa grandeur dans le monde politique et social international.

    A.M

    Posté par angmon, 04 mai 2007 à 12:28

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