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12 avril 2007

Ici Londres

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Alors que la campagne fait rage, il n’est pas mauvais de prendre un peu de recul pour observer les débats d’un peu plus loin et avec un autre angle. En traversant la Manche par exemple.

English breakfast à Kensington. Pour moi ce sera café, croissant, journal, comme d’habitude. La campagne électorale française ne passionne guère. Dans les tabloïds du dimanche, on parle certes un peu de Sarkozy, en insistant surtout sur la montée en puissance de l’électorat des banlieues qui pourrait lui causer du tort. C’est maigre. Ici, le sujet du moment, c’est le témoignage à 200.000 pounds de la soldate britannique sur sa capture en Iran. Iran, Darfour, Chine : la valse des sujets de notre campagne délaisse les enjeux majeurs pour se focaliser sur les origines hongroises de Nicolas Sarkozy, sur la prétendue future amnistie de Chirac ou sur le pseudo CPE de Ségolène Royal. Rase campagne.

House of Parliament. Imposant. A côté, notre Assemblée Nationale semble bien petite. Bien sur, on a l’habitude chez nous aussi que les grandes institutions démocratiques et républicaines siègent derrière les dorures des anciens palais royaux mais le contraste est encore plus frappant ici. Mais il ne faut pas se tromper, la révolution est à l’intérieur. Tony Blair a plus changé la physionomie de la séculaire Chambre des Lords en dix ans que nous n’avons réussi à changer la poussiéreuse institution qu’est le Sénat en France. Le conservatisme n’est pas toujours là on l’on croit. Méfier vous des apparences.

Downing Street. Surprise de taille, le numéro 10 est inaccessible, bien caché derrière les façades solennelles des ministères. Très différent de ce que l’on a l’habitude de voir à la télé : ce n’est pas cette petite porte d’un immeuble en brique rouge dans une petite rue bucolique de Londres de laquelle on s’attend à voir surgir un Hugh Grant ou un Tony Blair avec un sourire de cinéma. Qui d’ailleurs pour succéder à Tony Blair ? Notez que depuis que j’ai parlé de Gordon Brown dans mon dernier article, les choses vont de plus en plus mal pour lui. Sur fonds de polémique à propos de la réforme du système de retraite anglais qui a laissé des milliers de retraités sur la paille, la succession semble se compliquer. Des initiatives internes au Labour se multiplient sur un air bien connu chez nous de « TSB », qui de ce côté ci du Channel ne signifie par « tout sauf Bayrou » mais « tout sauf Brown ». Gouverner est partout un art bien difficile.

Tate Modern. Remarquable. Pour la richesse et la répartition thématique et pédagogique des collections. Pour l’architecture du musée surtout : transformer une centrale électrique en musée d’art moderne avec à son sommet une immense baie vitrée qui s’ouvre sur la City. Tout un symbole. L’industrie qui s’efface de nos paysages, le défi de l’énergie, la force de l’art qui s’adapte au temps, la puissance de la finance et des services. Saisissant paysage de l’East end : des immeubles modernes à l’architecture audacieuse, des grues, beaucoup de grues, un immense chantier à ciel ouvert, le millenium bridge et, trônant au milieu, dominante malgré tout, Saint Paul’s Cathedral. Sur les fondations de nos civilisations, le monde change. Nos candidats s’en rendent-ils compte ?

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25 mars 2007

Pot pourri

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Je voudrais tout d'abord présenter mes excuses à Ségolène Royal, je n'ai pas arrêté ce week-end : les enfants, les rencontres du cinquième pouvoir d'Agoravox, le tractage (pour Bayrou) au marché du dimanche, un petit passage à la Fnac pour acheter l'ordinateur sur lequel j'écris en ce moment, un peu de lecture, les hebdos, le JDD, les trois derniers chapitres du Keynes de Minc, les repas, un peu de bricolage à la maison, quelques coups de fil familiaux ... bref, très franchement, ce n'est pas de la mauvaise volonté ni une quelconque réticence au patriotisme nouvelle vague mais je n'ai vraiment pas eu le temps d'aller acheter un drapeau bleu blanc rouge. Je sais, c'est mal !

J'essaierai de me rattraper d'ici le quatorze juillet. Ou peut être en octobre pour la coupe de monde de rugby ...

Trève de plaisanterie. Il semble bien que le ridicule ne tue plus. Allons enfants de la démagogie, le jour du vote est arrivé. Contre vous les poussiéreux partis, notre bulletin dans les urnes est posé !

Beau succès de la journée Agoravox. Plusieurs centaines de personnes. Des débats intéressants. Une organisation très réussie, internet sort de l'amateurisme. J'ai retenu un nom, un visage, un blog. Tristan Mendès-France, un air de famille, egoblog.net. Remarquable de clarté lors de la table ronde des bloggeurs. A une question sur la possibilité sur internet de faire émerger les vérités tenues en silence par les médias traditionnels, il répond que oui, bien sur, la liberté de ton d'internet, sa capacité à diffuser des idées nouvelles, sont de bonnes choses mais que oui, aussi, hélas, internet est le lieu rêvé pour diffuser des rumeurs, des horreurs, des délires de haine. Oui, aussi, hélas, on trouve sur internet des sites à vomir sur la négation de la Shoah, sans parler - et Tristan Mendès-France n'en parle pas pour ne pas polémiquer - des "complotistes" du 11 septembre.

Petit retour sur le Panthéon dont je parlais dimanche dernier. Parmi les grands hommes, Louis Braille, inventeur de l'alphabet pour aveugle qui porte son nom. Devant sa tombe, un petit écriteau en plexiglas gravé de petits points : son nom écrit avec son langage. Hommage dérisoire et symptomatique du traitement réservé aux handicapés : il n'y a pas d'écriteau équivalent devant les autres tombes, comme si on voulait circonscrire la différence, l'anormalité.

Tout le monde le sait, la semaine à venir est cruciale. Déterminante. Ce sera un tournant, c'est certain. Les choses vont se clarifier. Après plusieurs mois de doute, d'espoir, de quête, on va enfin savoir. C'est l'heure de la décision qui approche. Oui, cette semaine, le flou ne sera plus de mise, les nuages vont se dissiper pour laisser la place à la vérité ...

cette semaine, on saura enfin avec certitude que Jacques Kachkar est un rigolo ...

Bonne semaine.

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18 mars 2007

Petite balade dominicale

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Une fois n'est pas coutume, chers lecteurs, ne m'en voulez pas, je vais faire comme tout bon bloggeur qui se respecte et je vais parler de moi. Un peu de nombrilisme ne fait pas de mal. Voici donc le récit palpitant d'une promenade dominicale dans le coeur de Paris, un week-end d'hiver pré-électoral.

Rue d'Ulm. Le seul fait de marcher dans cette rue au nom mythique m'impressionne. Normale sup. L'intelligence à l'état pur. L'élite. Le sommum du système éducatif français. Malgré tout le mal que je pense des classes préparatoires aux grandes écoles et de leur mode de sélection anachronique (j'en parlerai bientôt), comment ne pas respecter ce temple du savoir. Un temple en crise financière, en crise éducative, en manque de sens et d'objectifs, comme l'est malheureusement une bonne partie de l'enseignement supérieur en France.

Place du Panthéon. Autre temple. Non moins impressionant. Un temple dédié aux grands hommes. Etrange édifice religieux sans dieux, sans messe, sans prêtres et dont les saints sont des hommes et des femmes qui ont fait la gloire de la France. Panthéon laïque. Difficile de trouver un lieu qui représente mieux l'identité nationale. Celle d'Emile Zola, le défenseur de Dreyfus. Celle de Victor Shoelcher, l'abolitionniste de l'esclavage. Celle de Marie Curie, la polonaise immigrée. Celle des Justes évidemment. Difficile, allez, pourquoi le nier, de ne pas penser à François Mitterand, un jour de pluie du printemps 1981, trois roses à la main.

Manifestation sympathique de l'Institut Curie pour le financement de la recherche contre le cancer devant le Panthéon. Des milliers de jonquilles. Arrêt devant le stand des Bagouz' à Manon. Je ne raconte pas l'histoire parce qu'elle est triste mais je rajoute un lien. Un lien sur un site, c'est un peu comme une main tendue.

Les immeubles cossus de la place des grands hommes. Pauvre Fabius. Est-ce qu'il habite toujours dans les parages ? Cette campagne doit être un calvaire. Lui le normalien. Se faire rejeter comme un mal-propre, bon dernier des primaires. Et supporter cette campagne invraissemblable de confusion. Ah, si le Président était encore là ...

Rue Soufflot. Un monsieur nous demande où se trouve le lycée Henri IV. Il est avec sa fille qui doit avoir sept ou huit ans. Je me demande s'il la prépare déjà à son avenir brillant. Cela me rappelle mon prof de math de prépa qui nous expliquait pourquoi les élèves des lycées parisiens réussissaient mieux aux concours de polytechnique ou de Normale sup. C'est parce qu'il connaissent les lieux, disait-il, qu'ils passent devant les façades de ces écoles depuis qu'ils sont tous petits, c'est parce que cela ne les impressionne pas. A voir comment je réagis encore aujourd'hui en déambulant rue d'Ulm, je comprends un peu mieux ce qu'il voulait dire.

La reproduction des élites commence par des promenades ...

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