Décryptages - Blog politique

Blog politique. Décryptages de l'actualité de la politique et des médias.

29 avril 2007

Un bout de chemin ensemble ?

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Au moment où Ségolène Royal (dont je dois reconnaître que sa campagne de second tour est plutôt bien menée) propose à François Bayrou et à ses amis de       « faire un bout de chemin ensemble » (je me demande si cette formule fait référence aux compagnons de route, chers aux communistes de la deuxième partie du XXème siècle ?), je vous propose de faire un petit tour guidé de la blogosphère des éléphants et des éléphanteaux du PS.

Pour commencer, il y a ceux qui y croient, les éternels enthousiastes, les habitués de la volte-face et des postures de l’entre deux tours, ceux qui ont compris que le vent a tourné et qui se mettent instinctivement dans le sens du vent. Par exemple, l’indéboulonnable Jack Lang (celui des lendemains qui chantent) qui nous annonce, péremptoire, que « les électeurs qui se sont portés sur l’UDF, sont des électeurs qui, en certaines matières, ont une vision qui n’est pas éloignée de la nôtre. » Sur l’Europe, sur le SMIC, sur la dette, sur les 35 heures, sur l’ISF … sans doute ?

Il y a ceux qui doutent, s’interrogent, tentent de prendre le pouls de l’opinion ou veulent se rassurer comme Julien Dray qui pose des questions amusantes sur son blog : « Moi j'aimerais savoir ce que vous pensez des 18 % réalisés par François Bayrou. A votre avis c'est quoi ? Un vote protestataire, une vraie adhésion au programme de François Bayrou, le début ou la fin de quelque chose ? Et comment voyez-vous les choses pour le 2ème tour ? » C’est le début Julien, tu n’as encore rien vu !

Il y a ceux qui ne pensent pas grand-chose : il n'y a rien par exemple sur le blog de Montebourg à part son premier tract pour les législatives. Le site de Peillon est tout aussi maigre mais ces deux-là doivent être très occupés par la campagne (à moins que Peillon soit moins disert depuis qu’il a été radié des listes de la commune de Chepy, dans la Somme, par le tribunal d'instance d'Amiens, au motif qu’il n'y résidait pas).

Pour trouver des réactions plus franches, il faut aller voir du côté gauche, ou du côté « non à l’Europe » si vous préférez. Chez Fabius qui refuse toute « tractation » avec les centristes. Chez Mélenchon qui s’insurge : « Attention ! Camarades, vous jouez avec le feu. Quoi ? Des ministres UDF ? Je vois bien comment d’heures en heures nous sommes mis devant le fait accompli en nous instillant à dose homéopathique le changement d’alliance. » Mais c’est un bon soldat Mélenchon, la preuve : « Le jour après que j'ai dit le débat oui, les ministres non, qu'-est-ce que je fais ? (…) Et, bien voilà, en véritable archaïque, je fais campagne pour Ségolène Royal. » On peut être sur qu’elle le remerciera !

Un peu de compassion. La vie des éléphants n’est pas facile. Comme le dit Laurent Joffrin dans Libération, « non seulement ils doivent soutenir une candidate qu'ils tiennent en peu d'estime, mais encore ils doivent avaliser sans broncher un tournant stratégique décidé sans qu'ils en aient le moins du monde débattu. » Pourtant, en réalité, il n’y a aucune raison de s’inquiéter : si l’on en croit Jean-Louis Bianco, la position de la candidate socialiste « n'est pas tournée vers le centre, elle est tournée vers l'explication du pacte présidentiel et la recherche de points de convergence sur des idées. » Ces gauchistes n’ont encore rien compris !

Tenez par exemple : Olivier Besancenot, le rescapé de la gauche de la gauche, lui il pense que « le débat entre Ségolène Royal et François Bayrou a réuni deux responsables politiques se situant dans le cadre du libéralisme et qui se sont évertués à souligner que leurs programmes respectifs étaient compatibles. » Quant à Marie-Georges Buffet, du haut de ses 2%, elle avoue qu’elle « ne peux (…) pas rester silencieuse face au chantage exercé par François Bayrou sur la candidate socialiste pour l’amener à infléchir son programme vers celui de la droite. » Ouf ! Ce n’est pas de la faute de Ségolène. C’est ce méchant Bayrou qui fait une pression d’enfer. Mais elle est tout de même « très préoccupée », Marie-Georges, « de constater que certains, à gauche, expriment la tentation d’y céder, et que Ségolène Royal elle-même envisage la possibilité, en échange du soutien de François Bayrou, de constituer un gouvernement avec des ministres UDF. »

Et puis, il y a finalement ceux qui pensent plus sérieusement à l’avenir, ceux qui commencent à échafauder des plans pour l’après 6 mai et qui se voient déjà jouer un rôle majeur dans le nouveau paysage politique. D’abord Henri Emmanuelli, évidemment, qui « considère que nous sommes arrivés au bout d’un cycle, entamé avec le congrès d’Epinay » et qu’il « est donc temps de bouger et de créer un grand parti progressiste, qui permette de référencer à nouveau la gauche. » Contre-pied total à Ségolène Royal. A gauche toute : il faut certes une majorité mais « cette majorité exclut par nature la droite, quel que soit son visage, et l'UDF en est un ».

Et à l’opposé, Dominique Strauss-Kahn, pour qui « la victoire est possible » à condition de « bâtir la maison du renouveau. » Un changement, un renouveau qui sont pour DSK « l'essence même d'un programme social-démocrate nécessaire pour bâtir la France et l'Europe de demain. »

Grand parti progressiste ? Parti social-démocrate ? Pour ceux qui n’ont pas tout suivi, je rappelle que ces messieurs Emmanuelli et Strauss-Kahn sont aujourd’hui dans le même parti, un parti sans boussole, un parti sans message, un parti sans horizon, un parti sans avenir !

La conclusion est pour Laurent Joffrin, de nouveau : « quoi qu'en pense Jean-Luc Mélenchon, dinosaure chez qui la réalité met longtemps à arriver jusqu'au cerveau, le PS sera contraint de se tourner vers le centre gauche et d'assumer enfin sa nature réformiste. »

Eléphants ou dinosaures ?

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26 avril 2007

Merci Monsieur Geremek

geremek

C’est un fait grave qui est en train de se dérouler en Europe et c’est en Pologne que ça se passe. » C’est François Bayrou qui le dit et il a raison. Pour n’avoir pas obéi à une nouvelle loi polonaise inique sur la « décommunisation », une loi décidée par les deux sinistres jumeaux qui dirigent aujourd’hui le pays, Bronislaw Geremek, un des grands démocrates européens, ancien chef de la diplomatie polonaise, grande figure de l’opposition anti-communiste et du syndicat Solidarité, va perdre son mandat de député européen.

Geremek est le seul des 51 eurodéputés polonais à ne pas avoir déclaré s'il avait ou non collaboré avec les anciens services secrets communistes, comme la nouvelle loi lui en faisait l'obligation. Une chasse aux sorcières sordide qui en dit long sur l’état de suspicion que le gouvernement polonais est en train d’imposer à son pays. La création d’une sorte de « ministère de la Vérité » indigne d’un pays membre de l’Union Européenne.

Il faut écouter Bronislaw Geremek parler de l’Europe, parler de son pays, dans un français parfait. Son intelligence, son humanité, une certaine forme de sagesse forgée par des décennies de combats politiques, transparaissent à travers ses mots.

Il faut aussi se souvenir de l’hypocrisie des grands mouvements politiques européens qui ont empêché Geremek de devenir le président du Parlement européen en 2004. Il avait été battu par le socialiste espagnol Josep Borrel, par 388 voix contre 208, battu par une alliance de circonstances des communistes d’une part et de l’alliance contre nature des conservateurs et des socialistes, bien décidés à se partager les postes et le pouvoir. Cette élection, qui aurait pu avoir valeur de symbole, s’est transformée en petit arrangement politicien.

Il faut relire enfin le magnifique texte de François Bayrou dans le journal Le Monde, le 20 juillet 2004, à la lumière de l’élection présidentielle française de 2007 et à l’ombre des ennuis de Geremek dans la Pologne d’aujourd’hui.

« Bronislaw Geremek sera candidat demain à la présidence du Parlement européen. Cette phrase est toute simple. Elle n'a l'air de rien. On dirait de la politique. Pourtant il ne s'agit pas de politique, il s'agit d'histoire. Il s'agit pour l'Europe, en élisant le président de son Parlement, de dire ce qu'elle veut être, de le dire à elle-même, et de le dire au monde.»

« Tout cela est d'une telle force qu'à la vérité, c'est à l'unanimité que le premier Parlement de l'Europe libre aurait dû élire Geremek. Pourtant, on hésite à le dire, les appareils partisans, la droite européenne du PPE et les socialistes européens du PSE, ont décidé de changer ce jour historique en un jour de médiocre politique. »

« Et voilà que la première décision que les socialistes européens et la droite européenne ont prise dans l'ombre des couloirs de Bruxelles, c'est de s'entendre pour verrouiller le Parlement et pour se partager la présidence moitié-moitié ! Les socialistes, particulièrement les socialistes français, ont accepté sous la table l'accord avec la droite honnie, pourvu que le candidat socialiste soit élu pour la première partie du mandat ! Et la droite, particulièrement la droite française, s'apprête à voter socialiste, contre Geremek, pourvu qu'elle en soit récompensée en obtenant la deuxième partie du mandat ! Et après cette dérision, ils viendront nous parler de démocratie, avec des trémolos... »

Contre une bipolarité de façade, une opposition factice, un déni de démocratie, une hypocrisie politique portée à son paroxysme, Bayrou, déjà en 2004, oppose sa liberté de choix, sa vision différente de l’Europe, son sens de l’Histoire, sa façon de penser la politique. Tout y est.

Que se serait-il passé si Geremek était aujourd’hui président du Parlement européen ? Les inquiétants siamois de Varsovie se permettraient-ils la même désinvolture. Il est peut-être un peu tard pour s’offusquer, messieurs les députés socialistes et conservateurs de Strasbourg. L’occasion était belle. C’est votre échec qui revient aujourd’hui comme un boomerang.

Signons la pétition de soutien à Bronislaw Geremek.

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25 avril 2007

Faux débats

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Souvenez-vous, avant le premier tour, nous avions eu droit à un débat et une longue valse hésitation à propos du débat sur internet. Certains étaient pour, d'autres (Sarkozy) contre, d'autres disaient qu'ils étaient pour tout en sachant pertinemment que ce débat n'aurait pas lieu. Les medias internet se sont fait rouler dans la farine. Bref, c'était le jeu de l'hypocrisie politique habituelle à son apogée.

Entre les deux tours, "on refait le match" comme dirait Eugène Sacomano. C'est tellement drôle. Ségolène Royal propose donc un débat à François Bayrou. Bayrou en accepte le principe. Royal propose alors que ce débat ait lieu ce vendredi devant les journalistes de la presse quotidienne régionale, en se doutant bien un peu que ce débat devant les journalistes du Progrès de Lyon ou de La Montagne ne satisfera pas Bayrou. Du coup, Bayrou évidemment refuse et demande un débat télévisé. En sachant parfaitement bien entendu que les règles drastiques d'égalité de temps de parole entre Sarkozy et Royal rendent cet exercice particulièrement difficile à organiser. D'autant plus que Sarkozy, lui, rejète catégoriquement toute idée de débat avec le troisième homme : la finale, c'est entre les deux premiers, le troisième peut jouer au supporter éventuellement mais pas question de le voir marcher sur la pelouse. Réponse de la bergère au paysan : Ségolène a une idée, France 2 peut très bien venir filmer le débat devant la PQR. Proposition qui ne change évidemment rien puisque le débat sera filmé mais ne pourra toujours pas être diffusé à la télé. Et pourquoi pas un film réalisé en super huit par Julien Dray ? Donc, si vous me suivez toujours, Bayrou ne pourra que refuser cette nouvelle proposition. Alors, ce sera le moment que choisiront probablement les médias libres du cinquième pouvoir pour proposer un débat sur internet (s'ils n'ont pas été totalement dégoutés par l'épisode du premier tour) et ce débat internet se terminera en eau de boudin, comme avant le 23 avril.

Heureusement, pour sur, il y aura le 2 mai un débat entre les deux candidats finalistes. Espérons que les deux acteurs seront à la hauteur ... sinon on pourra toujours se consoler en allant voir Weber et Balmer au théâtre dans les rôles de Giscard et Mitterrand en 1974 et 1981.

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24 avril 2007

Non à la rhétorique de la peur

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Je l’ai écrit ici à plusieurs reprises, je déteste l’utilisation à outrance des thèmes identitaires et sécuritaires par Nicolas Sarkozy. La droitisation de son discours a certes permis de briser le FN mais, même en politique, j’ai encore la naïveté de penser que la fin ne justifie pas toujours les moyens.

Ceci étant dit, la campagne de diabolisation de Sarkozy est dangereuse et porteuse de graves dérives. La rhétorique de la peur n’est pas une arme démocratique. Je ne choisirai peut-être pas entre Sarkozy et Royal, mais jamais je ne dirai, comme je l’entends de plus en plus souvent que c’est un choix entre la peste et le choléra. Nous avons la chance de vivre dans une démocratie ou 85% des électeurs se déplacent pour voter, ou le choix du second tour opposera deux candidats républicains, il faut s’en souvenir. Nous ne sommes pas au Nigeria. N'en déplaise à Philippe Torreton qui nous confie : "avec Sarkozy, j’ai peur pour la démocratie".

Sur le plateau de TF1, Bernard Kouchner trouve que « le score de Nicolas Sarkozy est un beau score. Mais il reste 70%. » PPDA oriente alors le débat sur la personnalité de Nicolas Sarkozy. « Il fait peur », dit Kouchner. Et Ségolène poursuit dans ses meetings : il veut "prendre le pouvoir", il porte "le masque de la peur". Pas une émission de radio, pas un plateau télé depuis dimanche où la question « Sarkozy fait-il peur » ne revienne pas comme un écho. Tout le monde s’y met.

Sarkozy fait peur aussi bien aux célèbres qu’aux anonymes, du soutien de Séogolène Royal Thomas Piketty à la douce petite voix d’une bloggeuse inconnue, en passant par l'auteur Tristan Valmour sur Agoravox qui s’alarme : « Plus qu’une adhésion au programme de Ségolène Royal, il faut refuser le monde de Nicolas Sarkozy qui achèvera les valeurs républicaines de la France. » Et Sarkozy fait peur aussi à Daniel Riot : « Le journaliste que je reste a peur. Le citoyen que je suis a peur. Le Républicain que je suis a peur. »

Vous me direz sans doute que tout ceci n’est pas si grave, que cela fait partie du débat électoral et que finalement, on a bien le droit d’avoir peur d’un homme politique. Certes. Mais quand ce leitmotiv est repris en chœur, le danger n’est pas loin. Le danger, c’est Le Pen qui pointe du doigt les origines immigrés et juives du candidat. Je voudrais vous citer ici le texte de Jacques Attali dans sa dernière rubrique du blog de l’Express parce qu’elle est me semble-t-il importante :

« Dans cette campagne, on aura entendu bien des bêtises, bien des propositions absurdes, bien des méchancetés. Une des pires choses qui fut dites, une des plus honteuses, une des plus méprisables même, fut d’entendre un candidat proclamer qu’un autre n’aura pas du se présenter parce que ses parents étaient d’origine étrangère. Que Jean-Marie Le Pen ait souhaité interdire à Nicolas Sarkozy d’être candidat parce qu’il est d’origine hongroise n’est pas le pire : on ne peut rien attendre de décent de cet homme. Mais le pire est ailleurs : aucun autre candidat, aucun, n’a eu l’idée de protester contre cette ignominie et de manifester une solidarité simplement démocratique à l’égard d’un autre candidat honteusement ostracisé. (…) »

Juste pour vous faire vraiment peur, voilà ce que l’on trouve en surfant un peu sur le site pierre-bleue.net :

SARKOSY

« Ce fils de légionnaire hongrois et de mère grecque israélite, égocentrique jusqu'au ridicule, haineux et impulsif, à l'évidence veut le pouvoir absolu... et il ne reculera devant rien pour l'obtenir. Provocations, mensonges, menaces, mises en scène médiatiques, ... si rien n'est fait pour le stopper, avec ses complices dans les médias, il ira crescendo dans le populisme au seul but de radicaliser l'opinion, semer la haine, la division, encourager les confrontations entre les communautés, pour au final imposer sa politique du pire, mixant ultra-libéralisme sauvage à l'américaine et régime communautariste ultra-sécuritaire, raciste, à l'israélienne. »

Où est la haine ?

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23 avril 2007

Nos voix nous appartiennent !

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C'est parti. Le bal des vautours a commencé. La chasse aux centristes est ouverte. Tous les appâts sont bons, les meutes sont à nos trousses et les pièges des braconniers sont posés. Attention, amis électeurs de François Bayrou, ne vous laissez pas surprendre. Soyez vigilants.

Ils ont commencé très tôt. Dimanche soir. 21 heures. 133, rue de l'Université. Siège de campagne de François Bayrou. Ils sont une douzaine de jeunes gars et filles. Genre très BCBG. Ils distribuent des tracts et interpellent les militants centristes encore ballotant entre la déception de l'élimination de Bayrou du second tour et la joie d'un score historique, point d'orgue d'une superbe campagne. Pas de répit, pas de respect, pas de pause. Ils sont là, sautant à la gorge du centriste comme le loup au coin du bois. Evidemment, ils avancent masqués. Ce ne sont pas des militants UMP, non, non ! Leur message, ils l'ont écrit sur leur t-shirts : pas les Royal ! Il faut éliminer cette plaie absolue que représente à leurs yeux la candidate socialiste. Comment ? En votant Sarkozy, parbleu ! Et d'ailleurs, ils l'avouent bien vite, ces jeunes et tendres pseudo-militants ont voté Sarko au premier tour. Et que font-ils là devant le siège de l'UDF une heure après l'annonce des résultats ? Et bien, ils viennent expliquer à ces pauvres centristes, probablement abrutis par la défaite, sans doute pas très intelligents, un peu perdus devant ce choix manichéen et cornélien du second tour, ils viennent leur expliquer ce qu'il faut faire, ce qu'il faut voter. C'est indécent. C'est idiot. C'est même probablement contre productif. Nicolas, si c'est toi qui les envoie au casse-pipe comme ça, c'est vraiment pas malin !

Et ça continue sur toutes les ondes et sur toutes les chaînes. Dans le genre psychanalyse freudienne des électeurs du centre, il y a les ténors socialistes, François Hollande en tête, qui expliquent (je résume) que ceux qui n'ont pas voté Sarkozy au premier tour, c'était sans doute parce qu'ils en avait peur et ils ne peuvent donc décemment pas voter pour lui au deuxième tour. Dans le genre décodage pour les neu-neu, il y a Jean-François Copé, qui appelle solennellement les électeurs du milieu à réfléchir, à bien peser le poids de leur nouvelle responsabilité, qui les exhortent à comprendre que leurs idées sont en fait proches de celles de Sarkozy. Dans le défilé des faux-culs, on trouve Fillon qui pense que Bayrou jouera "sans doute" un rôle, Hortefeux qui laisse une porte "ouverte". Jean-Paul Huchon sort lui aussi sa brosse à reluire et considère qu' "il y a chez les électeurs de Bayrou un attachement aux valeurs sociales, et à l'impartialité de l'Etat". Merci du scoop. Et puis il y a enfin les journalistes qui s'enflamment : "et vous leur dîtes quoi aux Français qui ont voté Bayrou ?" Et ça continue encore et encore. C'est que le début. D'accord, d'accord.

Comprenez bien messieurs et mesdames les sarkozystes et les royalistes : nos voix nous appartiennent. Le choix du second tour nous appartient. Nous sommes suffisamment lucides et intelligents pour comprendre les programmes des uns et des autres et pour choisir entre les deux candidats, ou pour choisir de ne pas choisir. Nos voix ne sont pas à vendre. Le vote Bayrou n'est pas soluble dans le deuxième tour. Il restera bien solide, comme un élément nouveau, comme un élément structurant du débat politique à venir. Dès le mois de juin aux législatives par exemple. Nous n'avons besoin ni d'explication de texte, ni de menaces voilées, ni d'appels du pied, ni d'un numéro de charme ou de séduction. Nous n'avons pas besoin d'être courtisés. Nous n'avons pas besoin de bergers pour nous faire rentrer au bercail. Gardez votre salive pour ce fameux combat d'idées que vous attendiez depuis cinq ans, gardez vos arguments pour cet affrontement droite-gauche que vous appeliez tellement de vos vœux, pour cet impératif démocratique comme le nomme ce cher Monsieur Colombani. Montez sur le ring. Une droite. Une gauche.

Et fichez nous la paix.

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21 avril 2007

Il est temps que ça se termine !

podium

Allez pour finir avant le scrutin, je vous propose mon podium des dernières grosses bêtises et provocations gratuites de la dernière semaine. Ce classement est évidemment subjectif.

Troisième marche du podium, médaille de bronze : Nicolas Sarkozy. Et en l'occurrence, l'image des médailles et du podium est bien choisie, puisqu'il s'agit de ses déclarations sur le boycott des JO de Pékin proposée par BHL. Sur le fonds du sujet, je suis partagé, le boycott des JO (ou sa menace) n'ayant pas dans le passé prouvé son efficacité (si ce n'est à provoquer d'autres boycotts comme celui des JO de Los Angeles par les russes en représailles). En revanche, la façon dont Sarkozy rejette cette idée est pour le moins radicale et sans nuance (voir aussi la réponse de BHL dans Le Point de cette semaine) et atteint le comble du ridicule lorsqu'il rappelle que "les JO de Munich en 1972 avaient continué malgré la prise en otages meurtrière d'athlètes israéliens par un commando palestinien". Quel rapport avec la Chine ? Suggère-t-il qu'il fallait arrêter les JO pour punir l'OLP ? ou le pays organisateur, c'est-à-dire l'Allemagne ? Incompréhensible. Et une bourde, une ! La fatigue, sans doute.

Deuxième marche du podium. Remarquable médaille d'argent, bien entendu pour Jean-Marie Le Pen. C'est venu progressivement mais enfin il l'a laché sa grosse provocation. A la question (stupide aussi je vous l'accorde) "Pourquoi les juifs aiment Sarkozy et pour quelle raison ils le haïssent ?", Le Pen répond : "Sarkozy est juif par sa mère. Cela joue un peu en sa faveur, le fait qu'il soit juif du côté grec", ajoutant "mais il n'est pas juif du côté hongrois". Et Pen poursuit : "Sarkozy est toujours en faveur des organisations juives et d'Israël. Il est pro-américain, très pro-américain, mais tous les juifs ne sont pas pour lui. Il a également permis l'immigration de centaines de milliers de personnes venant d'Afrique et d'Afrique musulmane". Ouf, on est rassuré, Jean-Marie n'est pas devenu un ectoplasme inconsistant, l'approche de l'heure fatidique lui redonne des ailes.

Mais ce n'est pas un des candidats qui remporte la palme, la médaille d'or de la stupidité, de loin la première marche de ce podium. C'est évidemment l'indéboulonnable directeur du sacro-saint journal, le donneur de leçon de la presse intelligente, celui qui sait, celui qui prétend nous guider, nous pauvres électeurs incultes vers le bon choix, le seul choix, vers ce qu'il appelle pompeusement cet "impératif démocratique". Vous avez reconnu évidemment Jean-Marie Colombani qui nous a présenté une fois de plus, sa face cachée. Et non, M. Colombani, décider à l'avance du seul second tour acceptable, ce n'est pas un impératif démocratique. Pas plus que sous entendre que tous les partisans du non au référendum étaient des abrutis. On pourrait espérer que l'illustre directeur de la vénérable institution qu'est Le Monde apprenne de ses erreurs passées, mais c'est sans doute un espoir insensé. Colombani et Le Monde sont enfermés dans leurs certitudes. Laissons-les y.

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19 avril 2007

L'heure du choix

choix

A en croire les sondeurs, l’incertitude et l’hésitation sont pour l’instant les grands gagnants du premier tour. Les français sont indécis depuis des semaines, des mois et leurs doutes, toujours selon les instituts, ne se dissiperont que quelques jours, quelques heures avant le scrutin. Dans le jargon de la Sofres ou de BVA, on appelle cela la « cristallisation ». Réaction chimique intime et secrète, la cristallisation de l’électorat semble avoir besoin d’un catalyseur puissant : l’isoloir.

Pour ma part, j’ai l’impression de subir une réaction inverse. A mesure que le jour J approche, mes doutes augmentent au lieu de disparaître, ma conviction s’étiole à la vitesse des heures qui nous séparent du dimanche fatidique. A force d’entendre encore et encore les arguments des uns, les attaques des autres, les soutiens qui se croisent et qui transforment petit à petit le paysage politique français en plat de spaghettis, les appels au désespoir ou au vote utile, j’en ai le vertige. Et si je me trompais ? Et si tout ce que je raconte dans mon blog depuis trois mois n’était que ma façon personnelle d’être manipulé par tous ces discours de circonstances ? Et si je restais dans mon jardin pour tailler mes rosiers (je n’aime pas la pêche) ?

Bref, l’angoisse est à son comble. S’il y en a beaucoup comme moi, ça promet des divines surprises et un joyeux foutoir sur les plateaux de télévision ce dimanche à 20 heures.

Reprenons nos esprits. Comme tous les militants et sympathisants UDF, je viens de recevoir un ultime message hyper court, hyper synthétique, hyper pédagogique, reprenant les « 4 raisons de voter François Bayrou dimanche 22 avril ». Oubliez tout le bla-bla de la campagne, revenez aux fondamentaux (cela prouve en tout cas qu’en haut lieu, ils se rendent bien compte de l’état d’inquiétude des troupes et des français).

Je cite :

Il est le seul vote utile pour la France

Il est indépendant du système

Il refuse de faire des fausses promesses

Il propose un projet équilibré et concret pour améliorer votre quotidien

PHILIPPE_TRUC_copie

Je traduis pour ceux qui n’auraient pas tout compris :

1- Ségolène est cuite, si vous voulez battre Sarkozy, y’a plus que Bayrou.

2- Si vous voulez vous défouler, oubliez Le Pen et Besancenot, soyez dans le coup, le vrai vote protestataire en 2007, c’est Bayrou.

3- Vous n’y croyez plus, vous n’avez plus confiance dans la politique pour résoudre vos problèmes, la vérité c’est que vous n’avez pas complètement tord.

Cette campagne a été longue, très longue, trop longue. Ras-le-bol d’entendre les mêmes litanies, les mêmes postures. Vivement dimanche.

Je vais voter Bayrou. Tout de même.

Parce que je hais les extrêmes et les extrémistes. De droite, de gauche, ils se ressemblent tellement. Ils ont en commun de refuser la réalité, de se focaliser sur les misères et les peurs. Ils ont en commun une certaine haine de l’humanité, avec ses bons et ses mauvais côtés. Ils idéalisent la pureté. Pureté d’un monde imaginaire, peuplé de gaulois depuis cinquante générations ou peuplé d’ouvriers sans entreprises et sans patrons. Parce qu’ils refusent de voir le monde tel qu’il est, ils ont en réalité en commun le refus de la réforme. Leurs solutions se résument à jeter l’anathème sur une catégorie de la population (les immigrés, les riches, les patrons), source de tous nos problèmes. L’extrémisme est un leurre, c’est le pire de tous les conservatismes déguisé en révolutionnaire.

Parce que la France a besoin d’une politique économique libérale. En ce point, les orientations de Bayrou et de Sarkozy ne sont pas très éloignées.

Parce que le parti socialiste reste vieux, dogmatique, langue de bois, que personne ne sait où ni avec qui il va gouverner. Parce qu’il est incapable d’impulser la modernisation nécessaire à la gauche, qu’il camoufle ses divisions, qu’il se retranche derrière une image providentielle de candidate qui ne lui ressemble pas. Parce que rien de garantit que Ségolène Royal ne fera pas alliance avec les communistes et les gauchistes de l’extrême, prélude à de nouveaux échecs et de nouveaux renoncements. Non merci.

Parce que Dominique Voynet ne représente pas grand-chose à par elle-même et quelques potes. C’est dommage sans doute. Hulot aura dissous l’écologie politique dans Ushuaia. Un peu comme BHL aura vendu la cause du Darfour au rabais contre un bulletin Royal.

Parce que Nicolas Sarkozy joue trop avec le feu. Il n’est ni extrémiste, ni raciste, ni eugéniste. Certes. Mais ce ne sont pas des concepts dont on s’amuse en campagne. J’étais de ceux qui s’agaçaient il y a quelques mois du discours « Sarkozy fait peur », un discours qui ressemble trop à celui décrivant les communistes avec le couteau entre les dents. Mais tout de même. Trop c’est trop.

Parce que je crois sincèrement que le paysage politique doit se recomposer en France autour de deux grandes sensibilités : la droite conservatrice et la social-démocratie. Il y a peut-être plusieurs voies pour y parvenir. Nicolas Baverez dans la Point explique pourquoi le vote Sarkozy est la meilleure. Après en avoir dit pis que pendre, BHL penche pour Ségolène en appelant de ses vœux la désignation de DSK comme premier ministre. Je continue de penser quant à moi que seul l’électrochoc centriste fera exploser le vieux socialisme d’Epinay.

Un vote par défaut ? En partie. Pas complètement.

Le deuxième tour risque fort d’être une toute autre histoire …

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15 avril 2007

Everyman

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A ne pas lire un jour de grande déprime, si vous êtes en plein doute sur les buts de l’existence, si le suicide vous tente ou tout simplement si vous avez l’âme trop sensible pour regarder en face les affres et les douleurs de la vie, les angoisses de l’âge, les déchéances des corps.

Pour les autres, pour les esprits torturés, pour les angoissés chroniques, pour ceux qui se posent des questions existentielles, pour ceux que le temps et la mort obsèdent, il n’y pas une minute à perdre (un plaisir à savourer pour le moment en VO, la traduction en français ne devrait pas être disponible avant fin 2007), il faut ouvrir très vite le dernier roman de Philippe Roth. Everyman. Dévorez-le sans attendre, c’est un grand livre. Immense de désespoir lucide. Terrifiante description quasi clinique d’une vie, de la vie d’un homme. Une autobiographie universelle.

Comme un écho à la « Bête qui meurt » où il décrivait dans le détail la déchéance sexuelle d’un professeur d’université qui tentait désespérément de se raccrocher par procuration à son exaltante jeunesse en courant les jupons de ses étudiantes, dans « Everyman », Roth nous raconte la vie à travers le prisme de la mort. Sept décennies de la lutte permanente d’un homme pour faire reculer l’ennemi et gagner des moments de vie. Un peu comme dans les jeux vidéo, le héro du roman semble avoir à sa disposition plusieurs « vies » qu’il perd les unes après les autres, à chaque passage dans les mains et sous les bistouris des médecins et des chirurgiens. Et la perte de la dernière cartouche lui est fatale et le renvoie dans le néant, rejoindre les autres joueurs qui disparaissent tout au long de cette balade macabre, ses parents, ses amis, ses collègues de travail.

Sans espoir. Noir de bout en bout. Pour Roth, « la vieillesse n’est pas un combat, c’est un massacre. » On cherche la lueur du jour dans ce tunnel, mais on ne la trouve pas. Face à la mort, il n’y a pas d’échappatoire, pas de solution, pas de victoire, il n’y a que la force de la vie, la puissance, temporaire certes, mais vivace et miraculeuse de l’existence. Cette force est omniprésente, elle parcourt chaque ligne du livre comme elle parcourt chaque seconde de la vie.

roth

“Roth’s vision is a bleak one, but (…) there’s beauty in it, too. Everyman may have drowned in sin, yes, but at least he enjoyed the swim on the way out.

Cette merveille absolue qu’on appelle la vie pour reprendre les mots de Douglas Kennedy du Times repris en quatrième de couverture de l’édition américaine du roman (“The genius of this short, bleak, remarkable novel stems from the way that Roth turns his desolate assessment of death into something bracing: an angry acceptance that mortality is the price we pay for the sheer wonder of this thing called life”). La mort comme prix à payer. Façon de se rassurer sans doute pour ne pas voir que dans cet Everyman, c’est pendant la vie elle-même que le prix se paie cash. Par les renoncements, les errements, les erreurs et finalement la solitude et souffrance.

Certains lecteurs y ont saisi de l’humour ou peut-être était-ce de la drôlerie cynique (« Everyman est un roman très drôle traitant de la mort et de la maladie. »), j’avoue que le comique de la situation m’a échappé. Ou bien c’est un rire de désespoir, comme disais Flaubert « Il y aura un rire immense de désespoir quand les hommes verront ce vide, quand il faudra quitter la vie pour la mort… »

Un bloggeur canadien le dit fort bien : « C’est dur, c’est pénible, c’est un bon coup de poing sur la gueule, un livre de Philip Roth. Ça scalpe l’humanité entière pour nous ramener à l’essentiel. Vivre, mourir. Entre les deux, un laps de temps trop court et la décomposition inexorable de l’être humain. »

Comme disais Woody Allen, « j’aimerais terminer sur un message d’espoir. Je n’en ai pas. En échange, est-ce que deux messages de désespoir vous iraient ? »

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13 avril 2007

Spielberg et le Darfour

spielberg

"Est ce que Mr Spielberg, qui a fondé en 1994 la Shoah Foundation pour préserver les témoignages des survivants de l'Holocauste, est conscient que la Chine finance le génocide au Darfour?".

Mia Farrow s’en est prise violemment à Steven Spielberg qui doit réaliser les films des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux de Pékin. L'actrice met même en garde le réalisateur américain, qui avait gagné un Oscar pour le film "La liste de Schindler", face au risque de devenir une version moderne de la réalisatrice pro-nazi Leni Riefenstahl.

"Est-ce que Mr Spielberg veut vraiment finir comme la Leni Riefenstahl des Jeux de Pékin?", écrit-elle dans cette tribune co-signée avec son fils Ronan, étudiant en droit à l'Université de Yale.

Traiter Spielberg de pseudo-nazi, c’est tout de même un peu fort. Et finalement pas beaucoup plus intelligent que ceux qui, dans l’autre sens, assènent que « la guerre au Darfour ne peut se résumer au génocide que les médias occidentaux, les néo-conservateurs et les ultrasionistes voudraient le faire croire (...) »

On peut critiquer l’aveuglement de Spielberg sans tomber dans la provocation et la bêtise. Preuve en est par exemple la lettre de Robert Ménard et Patrick Poivre d’Arvor au réalisateur américain en mai 2006 :

« Avec la Liste de Schindler, vous avez montré combien il était important de faire vivre les héros discrets de l'histoire. Or, en Chine, ces défenseurs de la liberté d'expression et de création sont mis au ban de la société. Par cette lettre, nous souhaitons simplement vous alerter et entamer un dialogue alors qu'il reste moins de 800 jours avant la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques. »

Steven Spielberg entendra peut-être le message … mais nul doute en revanche que 150 délégations du monde entier paraderont sans trop d’état d’âme l’an prochain dans le stade olympique de Pékin.

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12 avril 2007

Ici Londres

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Alors que la campagne fait rage, il n’est pas mauvais de prendre un peu de recul pour observer les débats d’un peu plus loin et avec un autre angle. En traversant la Manche par exemple.

English breakfast à Kensington. Pour moi ce sera café, croissant, journal, comme d’habitude. La campagne électorale française ne passionne guère. Dans les tabloïds du dimanche, on parle certes un peu de Sarkozy, en insistant surtout sur la montée en puissance de l’électorat des banlieues qui pourrait lui causer du tort. C’est maigre. Ici, le sujet du moment, c’est le témoignage à 200.000 pounds de la soldate britannique sur sa capture en Iran. Iran, Darfour, Chine : la valse des sujets de notre campagne délaisse les enjeux majeurs pour se focaliser sur les origines hongroises de Nicolas Sarkozy, sur la prétendue future amnistie de Chirac ou sur le pseudo CPE de Ségolène Royal. Rase campagne.

House of Parliament. Imposant. A côté, notre Assemblée Nationale semble bien petite. Bien sur, on a l’habitude chez nous aussi que les grandes institutions démocratiques et républicaines siègent derrière les dorures des anciens palais royaux mais le contraste est encore plus frappant ici. Mais il ne faut pas se tromper, la révolution est à l’intérieur. Tony Blair a plus changé la physionomie de la séculaire Chambre des Lords en dix ans que nous n’avons réussi à changer la poussiéreuse institution qu’est le Sénat en France. Le conservatisme n’est pas toujours là on l’on croit. Méfier vous des apparences.

Downing Street. Surprise de taille, le numéro 10 est inaccessible, bien caché derrière les façades solennelles des ministères. Très différent de ce que l’on a l’habitude de voir à la télé : ce n’est pas cette petite porte d’un immeuble en brique rouge dans une petite rue bucolique de Londres de laquelle on s’attend à voir surgir un Hugh Grant ou un Tony Blair avec un sourire de cinéma. Qui d’ailleurs pour succéder à Tony Blair ? Notez que depuis que j’ai parlé de Gordon Brown dans mon dernier article, les choses vont de plus en plus mal pour lui. Sur fonds de polémique à propos de la réforme du système de retraite anglais qui a laissé des milliers de retraités sur la paille, la succession semble se compliquer. Des initiatives internes au Labour se multiplient sur un air bien connu chez nous de « TSB », qui de ce côté ci du Channel ne signifie par « tout sauf Bayrou » mais « tout sauf Brown ». Gouverner est partout un art bien difficile.

Tate Modern. Remarquable. Pour la richesse et la répartition thématique et pédagogique des collections. Pour l’architecture du musée surtout : transformer une centrale électrique en musée d’art moderne avec à son sommet une immense baie vitrée qui s’ouvre sur la City. Tout un symbole. L’industrie qui s’efface de nos paysages, le défi de l’énergie, la force de l’art qui s’adapte au temps, la puissance de la finance et des services. Saisissant paysage de l’East end : des immeubles modernes à l’architecture audacieuse, des grues, beaucoup de grues, un immense chantier à ciel ouvert, le millenium bridge et, trônant au milieu, dominante malgré tout, Saint Paul’s Cathedral. Sur les fondations de nos civilisations, le monde change. Nos candidats s’en rendent-ils compte ?

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