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15 avril 2007

Everyman

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A ne pas lire un jour de grande déprime, si vous êtes en plein doute sur les buts de l’existence, si le suicide vous tente ou tout simplement si vous avez l’âme trop sensible pour regarder en face les affres et les douleurs de la vie, les angoisses de l’âge, les déchéances des corps.

Pour les autres, pour les esprits torturés, pour les angoissés chroniques, pour ceux qui se posent des questions existentielles, pour ceux que le temps et la mort obsèdent, il n’y pas une minute à perdre (un plaisir à savourer pour le moment en VO, la traduction en français ne devrait pas être disponible avant fin 2007), il faut ouvrir très vite le dernier roman de Philippe Roth. Everyman. Dévorez-le sans attendre, c’est un grand livre. Immense de désespoir lucide. Terrifiante description quasi clinique d’une vie, de la vie d’un homme. Une autobiographie universelle.

Comme un écho à la « Bête qui meurt » où il décrivait dans le détail la déchéance sexuelle d’un professeur d’université qui tentait désespérément de se raccrocher par procuration à son exaltante jeunesse en courant les jupons de ses étudiantes, dans « Everyman », Roth nous raconte la vie à travers le prisme de la mort. Sept décennies de la lutte permanente d’un homme pour faire reculer l’ennemi et gagner des moments de vie. Un peu comme dans les jeux vidéo, le héro du roman semble avoir à sa disposition plusieurs « vies » qu’il perd les unes après les autres, à chaque passage dans les mains et sous les bistouris des médecins et des chirurgiens. Et la perte de la dernière cartouche lui est fatale et le renvoie dans le néant, rejoindre les autres joueurs qui disparaissent tout au long de cette balade macabre, ses parents, ses amis, ses collègues de travail.

Sans espoir. Noir de bout en bout. Pour Roth, « la vieillesse n’est pas un combat, c’est un massacre. » On cherche la lueur du jour dans ce tunnel, mais on ne la trouve pas. Face à la mort, il n’y a pas d’échappatoire, pas de solution, pas de victoire, il n’y a que la force de la vie, la puissance, temporaire certes, mais vivace et miraculeuse de l’existence. Cette force est omniprésente, elle parcourt chaque ligne du livre comme elle parcourt chaque seconde de la vie.

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“Roth’s vision is a bleak one, but (…) there’s beauty in it, too. Everyman may have drowned in sin, yes, but at least he enjoyed the swim on the way out.

Cette merveille absolue qu’on appelle la vie pour reprendre les mots de Douglas Kennedy du Times repris en quatrième de couverture de l’édition américaine du roman (“The genius of this short, bleak, remarkable novel stems from the way that Roth turns his desolate assessment of death into something bracing: an angry acceptance that mortality is the price we pay for the sheer wonder of this thing called life”). La mort comme prix à payer. Façon de se rassurer sans doute pour ne pas voir que dans cet Everyman, c’est pendant la vie elle-même que le prix se paie cash. Par les renoncements, les errements, les erreurs et finalement la solitude et souffrance.

Certains lecteurs y ont saisi de l’humour ou peut-être était-ce de la drôlerie cynique (« Everyman est un roman très drôle traitant de la mort et de la maladie. »), j’avoue que le comique de la situation m’a échappé. Ou bien c’est un rire de désespoir, comme disais Flaubert « Il y aura un rire immense de désespoir quand les hommes verront ce vide, quand il faudra quitter la vie pour la mort… »

Un bloggeur canadien le dit fort bien : « C’est dur, c’est pénible, c’est un bon coup de poing sur la gueule, un livre de Philip Roth. Ça scalpe l’humanité entière pour nous ramener à l’essentiel. Vivre, mourir. Entre les deux, un laps de temps trop court et la décomposition inexorable de l’être humain. »

Comme disais Woody Allen, « j’aimerais terminer sur un message d’espoir. Je n’en ai pas. En échange, est-ce que deux messages de désespoir vous iraient ? »

Posté à 00:14 - Lectures - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    Ouh tu m'a donné envie de le lire !

    Mais bon, je vais quand même attendre la version française, sinon je vais me suicider avant la fin du bouquin...

    O_o

    Posté par Noah, 15 avril 2007 à 00:20

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