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23 avril 2007

Nos voix nous appartiennent !

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C'est parti. Le bal des vautours a commencé. La chasse aux centristes est ouverte. Tous les appâts sont bons, les meutes sont à nos trousses et les pièges des braconniers sont posés. Attention, amis électeurs de François Bayrou, ne vous laissez pas surprendre. Soyez vigilants.

Ils ont commencé très tôt. Dimanche soir. 21 heures. 133, rue de l'Université. Siège de campagne de François Bayrou. Ils sont une douzaine de jeunes gars et filles. Genre très BCBG. Ils distribuent des tracts et interpellent les militants centristes encore ballotant entre la déception de l'élimination de Bayrou du second tour et la joie d'un score historique, point d'orgue d'une superbe campagne. Pas de répit, pas de respect, pas de pause. Ils sont là, sautant à la gorge du centriste comme le loup au coin du bois. Evidemment, ils avancent masqués. Ce ne sont pas des militants UMP, non, non ! Leur message, ils l'ont écrit sur leur t-shirts : pas les Royal ! Il faut éliminer cette plaie absolue que représente à leurs yeux la candidate socialiste. Comment ? En votant Sarkozy, parbleu ! Et d'ailleurs, ils l'avouent bien vite, ces jeunes et tendres pseudo-militants ont voté Sarko au premier tour. Et que font-ils là devant le siège de l'UDF une heure après l'annonce des résultats ? Et bien, ils viennent expliquer à ces pauvres centristes, probablement abrutis par la défaite, sans doute pas très intelligents, un peu perdus devant ce choix manichéen et cornélien du second tour, ils viennent leur expliquer ce qu'il faut faire, ce qu'il faut voter. C'est indécent. C'est idiot. C'est même probablement contre productif. Nicolas, si c'est toi qui les envoie au casse-pipe comme ça, c'est vraiment pas malin !

Et ça continue sur toutes les ondes et sur toutes les chaînes. Dans le genre psychanalyse freudienne des électeurs du centre, il y a les ténors socialistes, François Hollande en tête, qui expliquent (je résume) que ceux qui n'ont pas voté Sarkozy au premier tour, c'était sans doute parce qu'ils en avait peur et ils ne peuvent donc décemment pas voter pour lui au deuxième tour. Dans le genre décodage pour les neu-neu, il y a Jean-François Copé, qui appelle solennellement les électeurs du milieu à réfléchir, à bien peser le poids de leur nouvelle responsabilité, qui les exhortent à comprendre que leurs idées sont en fait proches de celles de Sarkozy. Dans le défilé des faux-culs, on trouve Fillon qui pense que Bayrou jouera "sans doute" un rôle, Hortefeux qui laisse une porte "ouverte". Jean-Paul Huchon sort lui aussi sa brosse à reluire et considère qu' "il y a chez les électeurs de Bayrou un attachement aux valeurs sociales, et à l'impartialité de l'Etat". Merci du scoop. Et puis il y a enfin les journalistes qui s'enflamment : "et vous leur dîtes quoi aux Français qui ont voté Bayrou ?" Et ça continue encore et encore. C'est que le début. D'accord, d'accord.

Comprenez bien messieurs et mesdames les sarkozystes et les royalistes : nos voix nous appartiennent. Le choix du second tour nous appartient. Nous sommes suffisamment lucides et intelligents pour comprendre les programmes des uns et des autres et pour choisir entre les deux candidats, ou pour choisir de ne pas choisir. Nos voix ne sont pas à vendre. Le vote Bayrou n'est pas soluble dans le deuxième tour. Il restera bien solide, comme un élément nouveau, comme un élément structurant du débat politique à venir. Dès le mois de juin aux législatives par exemple. Nous n'avons besoin ni d'explication de texte, ni de menaces voilées, ni d'appels du pied, ni d'un numéro de charme ou de séduction. Nous n'avons pas besoin d'être courtisés. Nous n'avons pas besoin de bergers pour nous faire rentrer au bercail. Gardez votre salive pour ce fameux combat d'idées que vous attendiez depuis cinq ans, gardez vos arguments pour cet affrontement droite-gauche que vous appeliez tellement de vos vœux, pour cet impératif démocratique comme le nomme ce cher Monsieur Colombani. Montez sur le ring. Une droite. Une gauche.

Et fichez nous la paix.

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