28 février 2007
Le centre comme pédagogie
Sans vouloir paraphraser le titre des éditoriaux de la presse écrite de ces derniers jours, il est incontestable que Bayrou fait exploser la campagne présidentielle. Et il ne me semble pas difficile d'expliquer pourquoi. Son programme économique est unanimement reconnu comme étant le plus (le seul) sérieux. Son refus de faire des promesses inconsidérées et sa constance à parler courageusement de la dette séduisent finalement autant les journalistes de la presse anglo-saxonne que beaucoup de français. Sa vision de la société réconcilie en quelque sorte les tentations contradictoires, entre une agitation nerveuse, volontariste à tout prix d'un Sarkozy et un maternalisme parfois infantilisant mais tellement rassurant d'une Royal.
Européen convaincu mais pas dogmatique, il reste à l'écoute des français qui ont voté non à la Constitution européenne, refusant de faire ratifier un nouveau texte en catimini sans faire appel de nouveau au referendum. Réformiste mais dans la durée. Il annonce clairement qu'il faudra revenir sur les régimes spéciaux de retraite mais souhaite, là encore, qu'un vote du peuple valide, le moment venu, ces décisions essentielles. Attaché aux traditions, à la ruralité, à la famille, il est aussi capable de comprendre les évolutions de la société, du pacte civil à l'adoption simple pour les homosexuels, en passant par le droit de mourir dans la dignité et à une certaine forme d'euthanasie. Libéral en économie, il avance sans crainte vers un assouplissement des 35 heures, une réforme de l'ISF (que même l'UMP a peur de proposer), une baisse des charges pour les entreprises, un encadrement strict des dépenses de l'état, mais sans tomber dans l'ultralibéralisme, en conservant en permanence le souci de l'équilibre, de la pédagogie, de l'effort commun, des objectifs sociaux. Particulièrement critique sur les résultats actuels de l'Education Nationale, sur le scandale de l'illettrisme, et en même, sans aucun doute, celui des candidats qui est le plus proche du corps enseignant.
Bref, dans tous les domaines, Bayrou fait aujourd'hui la synthèse d'une France tiraillée entre son angoisse de l'avenir et ses rêves de croissance tranquille. Bayrou est - simplement, rationnellement - aujourd'hui le meilleur candidat à l'élection présidentielle.
Reste une question. Un doute. Un obstacle entre François Bayrou et l'Elysée. Un écueil à éviter pour franchir sans ambages la haie du premier tour. Reste en effet la question suivante : l'aventure du centre, telle qu'il nous la propose, est-elle bien raisonnable ? Gouverner avec des gens de gauche et de droite, d'accord, mais lesquels ? Qui sont les ralliés ? Et ceux qui rejoindront ce nouveau Président après son élection seront-ils crédibles ou viendront-ils simplement manger à la soupe du nouveau pouvoir ? Que se passera-t-il aux législatives de juin ? "Où serait alors l'opposition dans ce système ?" se demande Dominique Reynié dans le Journal du Dimanche. L'opposition entre la droite et la gauche n'est-elle pas la condition nécessaire de l'alternance ?
Il me semble que cette question est le dernier verrou à faire sauter pour libérer complètement la candidature Bayrou de ses dernières chaînes, pour la faire sortir définitivement de la zone de la surprise pour entrer dans celle de l'évidence, celle du bon choix comme disait en son temps un autre centriste célèbre. Pour être plus précis, il y a me semble-t-il dans cette question deux sujets différents :
- un sujet que je qualifierai de politico-technique : comment faire pour traduire un élan présidentiel en majorité gouvernable ?
- et un sujet, disons, politico-philosophique que l'on peut exprimer de la façon suivante : le centrisme n'est-il pas dangereux en soi, en ce sens qu'il supprime tout débat et donc finalement toute démocratie ? ne favorise-t-il pas inévitablement à terme l'irruption des extrêmes, seules oppositions réelles face à un ventre mou ou un trou noir absorbant toute la matière politique traditionnelle ? Ce grand parti du centre, ou grand parti démocrate comme Bayrou le présente désormais, n'aura-t-il pas comme conséquence d'asphyxier le pluralisme en absorbant la gauche modérée et la droite modérée dans un même bloc ?
A ces deux questions, François Bayrou apporte, certes, des réponses mais elles restent trop souvent floues, voire contradictoires. Ou plus exactement, il répond généralement à la première question en éludant la seconde. Or la deuxième partie de l'équation est fondamentale. Elle est relative à la légitimité du centrisme, à son rôle dans l'Histoire et à son ambition à long terme.
Prenons tout d'abord la question politico-technique. Le problème de l'élection législative, posé aujourd'hui, est évidemment purement théorique. Il est évident que l'élection présidentielle changera complètement la situation. François Bayrou a certainement raison lorsqu'il dit, citant Mitterrand, que les Français donneront au nouveau Président les moyens de gouverner. Et Jacques Attali à tort lorsqu'il dit que Bayrou sera forcé de gouverner avec le programme de Sarkozy. Les choses seront en fait assez simples : il y aura, dans chaque circonscription, un(e) candidat(e) estampillé(e) majorité présidentielle ; une bonne partie de ces candidats seront de la mouvance centriste ou UDF, d'autres seront des nouveaux ralliés venant de la gauche ou de la droite. Ces candidats seront certainement opposés à des candidats du Parti socialiste et à des candidats de l'UMP, mais dans la grande majorité des cas, ils l'emporteront et donneront au Président une majorité stable à l'Assemblée Nationale. Voilà le scénario probable. Il est d'ailleurs amusant de constater que ce scénario en inquiète plus d'un au sein même de l'UDF, les cadres du parti centriste ne veulent évidemment pas être sacrifiés sur l'autel de l'ouverture, du rassemblement, voire de l'Union Nationale ...
Mais là n'est pas l'essentiel. Le problème plus général du rôle du centre en politique est autrement plus complexe. Le centre a-t-il vocation à gouverner longtemps ? tout le temps ? Ce gouvernement d'Union Nationale doit-il avoir pour objectif de supprimer à terme la bataille droite-gauche ? A quoi serviront les élections suivantes ? Quelles seront les alternatives à proposer aux Français ? "Ce serait l'empire du centre" s'exclame Dominique Reynié.
François Bayrou évoque souvent les exemples historiques de la Libération et de "l'expérience" Mendès-France, cela signifie-t-il que le centre est un outil pour périodes troubles ou exceptionnelles ? Comme le remarque Alain Minc dans sa biographie de Keynes, déjà au début du XXème siècle, "c'est une démarche traditionnelle lorsqu'un contexte politique exceptionnel efface les lignes partisanes habituelles". Ou bien, comme le laisse entendre Bayrou avec son parti démocrate, cette démarche est-elle sensée s'ancrer dans la durée ?
Je pense qu'une réponse simple et claire à ces questions est indispensable. Que peut-elle être ?
Première vision des choses. La France est aujourd'hui dans une situation critique, à la croisée de nombreux chemins. Oui, la situation est exceptionnelle. Le poids de la dette, le poids des archaïsmes et des corporatismes, les risques que font peser la mondialisation de l'économie mais aussi les dérives environnementales, tous ces éléments sont autant de facteurs qui nécessitent un sursaut majeur. Or, nous allons d'échecs et échecs. Dans de nombreux pays démocratiques, l'alternance est une source de renouvellement positif mais en France, depuis maintenant 25 ans, elle n'est qu'un va-et-vient stérile. C'est une spécificité de notre pays, due en grande partie à des institutions vieillissantes et bloquées, due aussi sans doute à une droite timorée et une gauche archaïque. C'est pourquoi nous avons besoin d'un électrochoc pour sortir de ces ornières.
Le projet centriste de François Bayrou est une tentative de réconciliation et de rassemblement qui prendra la forme d'un gouvernement d'union entre des personnalités de tout bord partageant un diagnostic et une méthode pour s'en sortir. Ce n'est pas le centre pour toujours, ce n'est pas le centre unificateur, ce n'est pas non plus le centre arbitre, force d'appoint de majorités changeantes à la mode de la quatrième République. Ce que propose François Bayrou, c'est un moyen exceptionnel face à une situation qui ne l'est pas moins. C'est une expérience pédagogique qui démontrera enfin aux forces politiques de notre pays que la démarche clanique est dépassée, que l'opposition peut ne pas être systématique et frontale, que l'alternance n'est pas un drame national à condition qu'elle ne soit pas une succession de politiques de terres brûlées et de tables rases.
Nous avons grandement besoin d'une expérience pédagogique de la démocratie. Je crois que c'est précisément ce que nous propose François Bayrou.
Je vous propose cependant une deuxième vision des choses. Et si ce fameux parti démocrate dont parle Bayrou n'était pas ce ramasse-tout centriste que beaucoup craignent ? Si son ambition était tout simplement de créer le véritable parti d'alternance aux conservateurs, comme c'est le cas aujourd'hui chez presque tous nos voisins ? Si l'aventure de Bayrou n'avait d'autres objectifs que de changer d'époque, de créer un autre pluralisme, plus serein, plus calme, moins arc-bouté sur des idéologies dépassées ? Si cette campagne présidentielle était enfin l'occasion de mettre au rencart un Parti socialiste dépassé par les événements, incapable de se ré-inventer, figé sur des postures d'un autre temps ? Si Bayrou réussissait finalement ce qu'aucun dirigeant de la gauche de gouvernement n'a réussi à faire, depuis l'échec de la deuxième gauche jusqu'à la berezina de Jospin et la défaite de DSK : réformer, moderniser, abandonner les chimères anti-capitalistes de la vieille garde et de ses rejetons, affronter le monde tel qu'il est, cesser de se mentir à soi-même et aux électeurs ?
C'est un pari qui mérite d'être pris.
Intelligence pratique (suite)
Un petit complément à l'article précédent pour tirer un coup de chapeau aux responsables du site dont j'ai dit tant de méchanceté la semaine dernière. Non pas que je regrette un seul mot de mon texte mais parce que j'ai reçu un message si sympathique et honnête que je me dois de le retranscrire ici :
Mon cher, vous avez bien raison de défendre votre point de vue et de l'écrire. Je vais le transmettre à Alexandre dès maintenant. Et je vous remercie de nous l'avoir communiqué après l'avoir mis en ligne, c'est franc et sympa de l'avoir fait.
Oui il y a beaucoup à faire, notre démarche est un peu artisanale, le site créé il y a 15 jours n'en est pas moins sincère.
Je suis d'accord sur le côté statique et manque d'innovations dans le champ politique.
Bien cordialement.
Voilà, c'est dit. Je retournerai voir dans quelques semaines si l'intelligence pratique des internautes se distingue un peu plus.
24 février 2007
Intelligence pratique
Feu les débats participatifs. La montagne a accouché d'une souris ... blanche.
Pourtant l'idée de faire réfléchir et travailler les électeurs citoyens n'est pas morte. Reprise au bond par l'auteur au look poupon du Zèbre et du Zubial, j'ai nommé l'éternel adolescent idéaliste Alexandre Jardin, qui lance le site commentonfait.fr.
L'idée est simple :on prend toutes les promesses des candidats (si possible simplifiées, caricaturées et sorties de leur contexte), on vote (pour ou contre) et ensuite on explique comment on fait. Par exemple : réduire la dette de la France, pour ou contre ? Et comment on fait : "supprimer les avantages en nature des ministres et députés qui ne sont plus en fonction est une priorité : voiture, chauffeur" par exemple.
Bon évidemment, j'ai du tomber sur un mauvais exemple parce que selon l'exalté, talentueux et non moins romantique écrivain :
La quantité croissante de vos « mode d’emploi », leur qualité certaine, le sérieux de vos approches, tout cela crée une masse considérable d’intelligence pratique qui doit désormais servir la prochaine équipe gouvernementale de notre pays.
Nos économistes, hauts fonctionnaires et autres experts sont décidemment bien dépassés. Vive l'intelligence pratique, les forums participatifs et les juris citoyens.
Allez, pour le fun, vous en voulez une autre (une autre ! une autre ! crie la foule en délire). D'accord, d'accord.
Promesse de Nicolas Sarkozy : déduction fiscale des intérêts d'emprunts.
Réponse : pour à 65% (ah oui, c'est vrai, c'est bien ... sauf que ce qui est bête, c'est que j'ai déjà acheté ma maison).
Comment on fait : attention, problème majeur soulevé par M. Duchmok de Trifouille les Bains de Pieds : " Si on peut déduire la totalité des intérêts d'emprunts, les acquéreurs ne vont plus perdre de temps et d'énergie à négocier les taux d'intérêts avec les banques. Les banques vont donc proposer des taux très élevés en sachant que ce sera transparent pour l'acquéreur puisqu'il se fera rembourser par les impôts (c'est donc autant de manque à gagner pour l'Etat). "
N'importe quoi ! C'est affligeant !
Et y'en a des pages et des pages comme ça. Pauvre prochaine équipe gouvernementale !
23 février 2007
Chroniques martiennes
Si vous vous ennuyez un peu dans cette campagne, je vous conseille vivement un petit voyage dans l'univers intersidéral d'un OPNI (objet politique non identifié) en la personne de Rachid Nekkaz. Cet homme là est étonnant : jeune entrepreneur, issu de la banlieue comme on dit, manifestement brillant, les cheveux en bataille genre BHL, un discours (en apparence) clair, un sourrire ravageur (genre ultra bright), des dents longues, totalement inconnu jusqu'à aujourd'hui ... et désormais donc candidat à l'élection présidentielle. Un vent de fraicheur innatendu ?
Et c'est sérieux parait-il : contrairement aux Le Pen, Voynet, Bové, Dupont-Aignan et autres Besancenot, notre homme affirme avoir d'ores et déjà obtenu plus de 500 promesses de signatures. Est-il plus facile de convaincre les maires de France quand on est un illustre inconnu ? Forcément, c'est un choix qui ne risque pas de causer grand tort à ces intrépides élus pour les prochaines législatives ...
Quoiqu'il en soit, si vous cherchez un appartement familial dans le XVI ème arrondissement de Paris, oubliez les agences immobilières, j'ai ce qu'il vous faut : Rachid Nekkaz vend aux enchères son appartement - QG ... pour financer sa campagne (à propos, c'est pas Sarkozy qui a vendu récemment son duplex de Neuilly ? c'était pour financer sa campagne aussi ?).
Je vous laisse découvrir les propositions de ce nouveau bateleur. C'est ni de droite ni de gauche ... Nekkaz se place sans doute pour être un futur ministre du gouvernement de Bayrou !
Ah, j'allais oublier : Rachid Nekkaz présente le 28 février une nouvelle voiture équipée d’un système Pantone, qui fonctionne avec de l’eau (25%) et du carburant (75%) afin de lutter contre la pollution (90% en moins). Je vous disais : un OPNI !
Dans le genre martien, Ségolène et les socialistes sont pas mal non plus ... et c'est beaucoup moins original que Rachid Nekkaz. Les mammouths sont de retour. La troisième, quatrième ou cinquième phase (je ne sais plus très bien) de la campagne de Ségolène est lancée sur un pas de pachydermes.
Ah ! Elle a du se creuser la tête pour imaginer ça. Y'a même un vieux cacique socialiste, mode 1981, qui disait ce matin, sans rire, que c'était un tour de force. Que nous réserve-t-elle pour la prochaine phase : le retour de François Mitterand ? Esprit es-tu là ....
22 février 2007
Media citoyen
Toujours sur le même sujet ... un commentaire un peu plus long publié aujourd'hui sur Agoravox.
| Am stram gram Smic et Smic et colegram par Philippe Zaouati (IP:xxx.x4.63.161) le 22 février 2007 à 15H39 Pour commencer, je vous propose un tout petit exercice d’arithmétique pas très compliqué. Cela ne fera pas de mal aux élèves actuellement en vacances d’hiver d’exercer leurs méninges. Cela ne ferait pas de mal non plus au remplaçant d’Eric Besson et à ses collègues des autres écuries présidentielles de se remettre de temps en temps au programme de mathématiques de l’école primaire. Sachant que le SMIC horaire est passé successivement de 5.78 euro en 1996 (à l’époque on parlait encore en franc, mais à part Nicolas Dupont-Aignan personne ne s’en souviens) à 8.27 euro en 2006 ... la moyenne des augmentations annuelles du SMIC au cours des dix dernières années aura été de 3.66% par an. Cela correspond tout simplement à l’application de la loi qui impose une augmentation du salaire minimum d’au-moins l’inflation augmentée de 50% de la hausse du pouvoir d’achat du salaire ouvrier. Certes, il y a de temps à autre ce que l’on appelle joliment les « coups de pouce » au-delà de ce service minimum, mais ils se font de plus en plus rares. Résultats des courses, aujourd’hui en février 2007, pour 35 heures hebdomadaires de travail (un petit merci à M. Jospin en passant, le pauvre homme, personne ne l’a jamais remercié, quels ingrats ces travailleurs), le SMIC est actuellement de 1.254.31 euro. Qui peut franchement dire que l’on peut vivre décemment (sans même parler d’aisément) avec ça ... ? Revenons-en donc à notre petit problème de calcul mental. Savez-vous de combien sera ce SMIC dans 5 ans si on applique la même augmentation annuelle de 3.66%, comme pendant les dix dernières années ? Je vous le donne en mille ! Et bien, cela fera très exactement 1.501,11 euro ! Bravo Ségolène. Certificat d’étude réussi avec mention passable. Il restera même 1 euro et 11 cents pour le pourboire ! Allez, Madame Royal, encore un petit effort, dîtes-nous, c’est quand dès que possible ? Bon, inutile d’en rajouter, cette promesse là est non seulement ridicule mais elle est bien entendu mensongère et fictive. Si nous n’avions pas l’intime conviction de l’immense compassion de Ségolène pour les smicards, on dirait même qu’elle est indigne et coupable cette promesse. Reste alors la question de fonds: à quoi ça sert d’augmenter le SMIC ? Malheureusement, la gauche se cache derrière le caractère mythique de ce sigle à quatre lettres hérité des combats héroïques de nos aînés sur les barricades. Rappelez-vous. 1950. Le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) entre en vigueur en France. Le nouveau dispositif impose le principe d’une rémunération minimale en dessous de laquelle aucun salarié ne peut être payé. Déterminé en fonction du budget type d’un ménage, le SMIG permet de garantir un pouvoir d’achat minimum aux ménages les plus modestes. 1952. Le SMIG est indexé sur les prix. 1970. Il est remplacé par le SMIC (Salaire minimum interprofessionnel de croissance) et intègre une indexation au prix et à la croissance du pouvoir d’achat. Souvenez-vous de Grenelle ! Ah, le bon temps des Conférences Salariales ! Que nous dit-elle Ségolène ? « Je m’engage à la hausse du SMIC à 1500 euros par mois et à une hausse des bas salaires juste au-dessus du SMIC qui sera fixé par les partenaires sociaux dès le mois de juin 2007 dans le cadre de la conférence sur les salaires et, pour que cet objectif, pour que cette augmentation puisse se faire pour les bas salaires le plus rapidement possible, sans pénaliser les petites entreprises, je m’engage à mettre en place un plan massif de formation professionnelle, débouchant sur un système gagnant/gagnant. » Le problème, c’est que l’on sait que tout ceci ne marche pas. Même discours depuis vingt ans. Conférences après conférences, le nombre de salariés payés au SMIC augmentent en même temps que le SMIC lui-même. En douze ans, le nombre de salariés payés au SMIC a doublé en France, pour atteindre le pourcentage, jamais égalé, de 16,8 % des effectifs du secteur privé. Ce ne sont pas ces vagues promesses sur la formation professionnelle qui inciteront les entreprises à augmenter massivement et tout de suite l’ensemble de l’échelle des salaires, alors même que tout le système des allègements de charge les conduit au contraire à concentrer les salariés au niveau du SMIC ou juste au-dessus. Même Yves Housson (« Le smic, une conquête, un combat », VO éditions) le dit dans l’Humanité: « Ce n’est pas un hasard, (...) si les effectifs des smicards ont commencé à gonfler au moment - début des années 1990 - où les pouvoirs publics ont accordé aux patrons de premières baisses de cotisations sociales. Celles-ci, au niveau du SMIC, ont été divisées par 4 entre 1990 et 2005. Ces allègements s’appliquent, de façon dégressive, jusqu’au niveau de salaire de 1,6 SMIC. D’où le phénomène, bien connu, de « trappe à bas salaires ». Du coup, chaque fois que le SMIC augmente, fut-ce modestement, un plus grand nombre de salariés se retrouvent dans le wagon de queue, dans la catégorie des rémunérations ouvrant droit aux baisses de charges. » Et alors, on continue ? On refait le coup de l’écrasement de la hiérarchie et de smicardisation ? Non bien sûr nous dit Nicolas Sarkozy: « Là où nos adversaires demanderont le SMIC à 1 500 euros, je proposerai aux Français une politique visant à augmenter le pouvoir d’achat de tous les salariés en leur permettant de travailler plus pour gagner plus. » Sans commentaire. Au moins on ne pourra pas lui reprocher de faire dans la compassion ! Travaillons camarades ! Les caissières de Lidl qui ont un contrat de 26 heures par semaines apprécieront sans doute. Encore une fois, il n’y a que François Bayrou qui sorte enfin des recettes de grand-mère (attention, j’adore les vieilles recettes, mais seulement en cuisine): « Je ne m’inscris pas dans la politique actuelle d’allègement de charges sur les bas salaires ! Je prétends qu’il faut les faires sur tous les salaires. Parce que si vous concentrez tous les avantages sur les bas salaires, le nombre des bas salaires augmente. Vous avez fabriqué un piège à SMIC. Je propose de faire respirer tout cela. » T’as raison François. Respirons. Respirons. |
Am stram gram Smic et Smic et colegram
Allez, pour commencer la journée en douceur, un petit exercice d'arithmétique pas très compliqué. Cela ne fera pas de mal aux élèves en vacances (Jérémy, Elina, vous avez fait vos devoirs ?).
Sachant que le SMIC horaire est passé successivement de 5.78 euro en 1996 (à l'époque on parlait encore en franc, mais à part Nicolas Dupont-Aignan personne ne s'en souviens) à 8.27 euro en 2006 ... la moyenne des augmentations annuelles du SMIC au cours des dix dernières années aura été de 3.66% par an.
Pour 35 heures hebdomadaires de travail, le SMIC est actuellement de 1.254.31 euro (et qui peut dire que l'on peut vivre aisément avec ça ... ?).
Savez-vous de combien sera ce SMIC dans 5 ans si on applique la même augmentation annuelle de 3.66%, comme pendant les dix dernières années ? Je vous le donne en mille ! Et bien, c'est très exactement 1.501,11 euro !
Bravo Ségolène. Certificat d'étude réussi avec mention passable.
Allez, dès que possible !
21 février 2007
Accepter la complexité des choses
Peut-on donner des réponses simples à toutes les questions ? Voilà une question bien compliquée à laquelle j'ai bien du mal à donner une réponse simple.
La différence majeure sans doute aujourd'hui entre les candidatures Ségo et Sarko d'une part, et celle de François Bayrou d'autre part, réside très probablement dans l'approche face aux sujets les plus difficiles, sujets de sociétés bien sur, sujets économiques certainement, sujets politiques évidemment.
Et je me demande finalement si, après tout le buzz médiatique, en fin de compte, à la fin de la journée comme disent les américains, ce n'est pas cette différence d'approche qui sera finalement le point de rupture, le critère de choix, ce je ne sais rien qui pousse le jour venu le bulletin dans l'enveloppe et l'enveloppe vers l'urne.
Paraphrasant BHL dans sa dernière chronique hebdomadaire dans Le Point, "j'ai passé l'âge de croire aux personnages providentiels". Au-delà des programmes et de la personnalité des hommes (et des femmes), au-delà des partis et des histoires de chacun, au-delà même de leur pouvoir de persuasion, de leur "aura", de leur charisme, de leur compétence, par-deçà les sondages et les leaders d'opinion, je suis convaincu que le vote tient finalement à peu de choses. Une intuition, un courant, une idée forte.
Une conviction parfois. Certains n'ont-ils pas voté Mitterrand en 1981 uniquement pour l'abolition de la peine de mort.
Et pourquoi pas un doute.
Il est des sujets complexes qui nous dépassent et pour lesquels nous n'avons pas de position arrêtée. Des sujets pour lesquels les réponses simples sont trop souvent simplistes. Euthanasie, homoparentalité, signes religieux. Des sujets qui méritent réflexion, qui méritent d'attendre que le temps passe, que de l'eau passe sous les ponts.
Bayrou a le courage de le dire. D'assumer que parfois il ne sait pas. Ni blanc ni noir. Ne pas donner de réponse simple à des questions complexes. Cela ne veut pas dire ne pas donner de réponse du tout. Ni droite ni gauche, ce n'est pas mi chèvre mi chou.
Et si le doute était finalement préférable aux idées péremptoires inévitablement suivies de reculades et de renoncement ?
Je laisse cela à votre réflexion.
20 février 2007
Gnangnan Gnangnan
Hier soir sur TF1, on était pourtant loin de la nourriture diététique ... c'était plutôt du genre lourd, gras, crémeux, flasque, inconsistent, limite vomitif par moment.
Votre petite soeur se drogue, rassurez-vous, on v'a s'en occuper. Vous êtes sourd, pas d'inquiétude, tous mes meetings sont sous-titrés (et de toute façon mon discours est inaudible). Votre maman est dans la misère. Ne pleurez pas, je suis là. Je me porte caution. Tout va changer demain. Je veux, oui je n'ai pas peur de le dire haut et fort, je veux augmenter les petites retraites pour qu'elles deviennent moins petites. Vous êtes en chaise roulante et les méchants journalistes capitalistes bipèdes ne se sont pas bien comportés avec vous, attendez un instant, je vole à votre secours, je traverse le plateau d'un pas alerte et décidé. Me voilà. Tout va bien. Vous êtes alcoolique, je vous comprends, la vie est dure.
C'est plus une campagne électorale, c'est la cour des miracles, c'est Lourdes un jour de grand pélérinage. On a même eu droit à l'apposition des mains. Sainte Ségolène, priez pour nous !
Jusqu'ici faut dire qu'on n'avait rien compris, alors que c'est pourtant simple : c'est Global. Prenez par exemple le problème des retraites ... et ben, c'est global le problème des retraites. Vous augmentez de 5% les petites retraites, alors les vieux qui sont moins pauvres dépensent de l'argent dans l'économie sociale qui est une filière importante, du coup, grâce à la formation professionnelle, un jeune désespéré va pouvoir créer une entreprise de moins de 9 salariés pour aider les vieux à faire leurs courses, et forcément les vieux seront moins malades parcequ'ils se fatigueront moins ... et donc, on aura moins besoin d'infirmières dans les hôpitaux qu'on pourra transformer en dispensaires et avec l'argent qu'on va économiser comme ça, on va embaucher des profs pour renforcer l'éducation, parce que tout commence à l'école, et alors les enfants seront tous égaux, libres et heureux, y z'arrêterons de faire chier leurs parents et de bruler des bagnoles, l'alcool et les drogues dures ne serviront plus à rien, et on fera un référendum d'initiative populaire pour décider une fois pour toute de supprimer la misère an Afrique. Global.
Non, vraiment, franchement, y'a juste un truc que j'ai trouvé un peu décévant dans ce méga show hollywoodien plein de bons sentiments genre film des années cinquante, un seul raté dans la mise en scène, ne mâchons pas nos mots, c'est le jeu de jambes de Ségolène. Si l'on met de côté l'envolée majestueuse vers le fauteuil roulant, pour le reste, Ségo c'est pas Zidane ! A côté du pupitre, mais pas trop loin tout de même ... on ne sait jamais. Vaut mieux pas trop s'éloigner du bord de la piscine ... pour pas boire la tasse.
Trêve de mauvais esprit. Essayons de retenir les messages forts. Les jeunes ne sont pas les ennemis des vieux. Les entreprises ne sont pas les ennemis des chômeurs. Les immigrés ne sont pas les ennemis des bons français. Les riches ne sont pas les ennemis des pauvres. Les propriétaires ne sont pas les ennemis des locataires. Aimons-nous les uns les autres. Ecoutez l'évangile selon Ségolène, répétez en choeur son incantation, gagnant-gagnant, gagnant-gagnant .... gnangnan gnangnan ....
19 février 2007
Prends ta médaille ... et vas au diable !
Quelle polémique stupide et stérile. Qu'un avocat désormais sans emploi veuille se faire mousser une fois de plus avant d'aller pointer aux Assedic, passe encore. Mais qu'une ribambelle de députés ségolistes et sarkozyens lui emboite (ou déboite) le pas pour grappiller quelques minutes d'audience dans le dernier JT, alors là, c'est minable.
Franchement, qu'est-ce qu'on en a à f... de savoir si les breloques de Papon vont rouiller au même endroit où leur propriétaire va pourrir, hein ?
La légion d'honneur, il l'a plus depuis belle lurette, le vichyste bordelais. Comme l'a bien dit Serge Klarsfeld (le père d'Arno, ndlr), la mort de Papon est un épiphénomène (euh, sauf pour lui peut être ... quand même), l'important c'était qu'on le juge, qu'on le condamne ... et qu'on l'oublie.
Tout ça pour dire qu'en ces temps de campagne, il n'y a pas de petits sujets. Tout os à ronger est bon a prendre, surtout si l'on peut s'offrir une bonne conscience pour le prix d'un peu de métal accroché à un bout de ruban usé.
Cette légion-là m'est complètement étrangère !
08 février 2007
Que la lumière soit !
... mais keskikach derrière tout ça ?
langue de bois, langage codé, politiquement correct, démagogie, populisme en tout genre, caricature (euh ... non, pas caricature, ça c'est vraiment dangereux !), lobbying, occultisme, renseignements généraux (ou très particuliers), secrets (et mensonges) ...
et si on essayait de décrypter













